COVID 19 : LA PISTE DU CONFINEMENT TROP COURT

COVID 19 : LA PISTE DU CONFINEMENT TROP COURT
Catégorie : Point de vue

Si la perspective de la vaccination prochaine fait naître de grands espoirs pour espérer enfin maîtriser la pandémie, on reste interloqué devant l'échec de la stratégie Tester-Tracer-Isoler qui n'a pas permis d'éviter une seconde vague en France et le reconfinement. Pourtant les masques et les tests qui avaient manqué au printemps étaient bien au rendez-vous.

Si des arguments tels que le relachement dans le respect des gestes barrière, des conditions d'isolement pour les sujets postifs ou les contacts ou les délais de rendu de résultats excessifs dans certaines régions sont légitimes, d'autres pistes restent à explorer. En effet, il semble que le compte n'y soit pas au regard des efforts consentis par la population et les professionnels de santé.

L'une des causes possibles reste la décision de raccourcir la durée d'isolement des personnes positives de 14 à 7 jours. Elle a été prise le 9 Septembre et c'est après cette décision que l'incidence des cas positifs a recommencé à augmenter de façon importante. Elle a été justifiée par des recommandations du conseil scientifique (avis N°9) qui est allé à l'encontre de ce qui est préconisé par l'OMS (13 jours) et la très grande majorité des pays (seule la Belgique nous a suivi avec les mêmes conséquences négatives). Rappelons que les pays qui ont le mieux maîtrisé la pandémie (Corée du sud, Chine, Nouvelle-Zélande, Singapour...) restent sur des durées plus longues et des mesures plus rigoureuses (quatorzaine, isolement strict, tests négatif à l'issue de cette période pour certains...).

Par ailleurs, les pouvoirs publics en France ont déconseillé le test de contrôle à l'issue de cette période d'isolement brève. Pour les tests qui ont néanmoins été faits chez des sujets asymptomatiques, les biologistes ont pu constater dans une proportion non négligeable de cas le maintien à un niveau élevé, voire l'augmentation de la charge virale infectante naso-pharyngé. Des études ont montré que la culture virale attestant de la survie du virus restait possible jusqu'à 21 jours après le diagnostic même si dans la majorité des cas, elle n'excédait pas 5 à 10 jours. Le plus important est qu'elle est fortement corrélée à la charge virale que l'on peut estimer par la RT-PCR.

L'hypothèse d'une remise en circulation de patients contagieux à leur insu, qui ont relaché leur attention car se croyant guéris est donc tout à fait plausible. 

Nous avons tenté d'alerter les pouvoirs publics de ce risque potentiel. Il est néanmoins peu probable que dans cette période, ils reviennent sur cette décision. Nous avons préféré informer nos correspondants médecins de cette situation pour qu'ils demandent si possible une PCR de contrôle et surtout qu'ils préviennent les patients d'un possible risque de contagiosité persistant à l'issue de ces 7 jours pour que le respect strict des gestes barrières soit maintenu.

Ref : 

https://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/avis_conseil_scientifique_3_septembre_2020.pdf

 Rhee C, Kanjilal S, Baker M, Klompas M (2020). Duration of SARS-CoV-2 Infectivity: When
is it Safe to Discontinue Isolation? Clin Infect Dis. 2020; ciaa344. Doi:10.1093/cid/ciaa1249

Lauer S, Grantz K, Qifang B, Jones F, Zheng Q et al. (2020). The Incubation Period of
Coronavirus Disease 2019 (COVID-19) From Publicly Reported Confirmed Cases:
Estimation and Application. Ann Intern Med. Published online May 5, 2020.
Doi:10.7326/M20-0504

Jean-Michel Vialle (Labinterpret), Médecin Biologiste
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