DÉPISTAGE DU COVID 19 : L’EXPÉRIENCE ISLANDAISE ET SES LEÇONS

DÉPISTAGE DU COVID 19 : L’EXPÉRIENCE ISLANDAISE ET SES LEÇONS
Catégorie : Actualité scientifique et médicale

l’Islande est un modèle d'étude de la pandémie de Covid-19. Le premier cas d’infection par le SARS-CoV-2 y a été confirmé fin février 2020 mais le 30 avril, l’épidémie avait déjà bien reculé. Pendant cette période, le dépistage par PCR a été largement utilisé : au 15 juin, 15 % de la population avait été testée. Cette double caractéristique de l'insularité avec un relatif isolement et de la campagne de dépistage intensive en fait un modèle d'étude très interéssant.

Mais le test PCR ne donne qu’une idée partielle de la diffusion du virus au niveau de la population. C’est pourquoi une équipe islandaise s’est lancée dans une enquête épidémiologique à grande échelle. L’objectif était d’évaluer la séroprévalence pour le SARS-CoV-2 au niveau de la population et d’établir les variations des taux d’anticorps au fil du temps. Plus de 30 000 personnes ont bénéficié d’un dosage très complet des différents anticorps retrouvés (anti-N et anti-S, IgM, IgA et IgG en méthode ELISA), certaines ayant été testées positivement par PCR, d’autres n’ayant pas été testées ou ayant reçu un résultat négatif. Un groupe de personnes hospitalisées avec une PCR positive et en convalescence (n = 1 237) a été invité à réaliser un dosage des anticorps, rapidement après leur guérison puis environ 3 mois après.
Les données croisées des examens PCR et sérologiques permettent d’estimer que 0,9 % des islandais ont été infectés par le SARS-CoV-2, avec un taux de mortalité de 0,3 %. Parmi les personnes séropositives, seulement 56 % avaient eu un diagnostic préalable par un test PCR. Il apparaît donc que, malgré un dépistage intensif par PCR, comme pratiqué en Islande, une fraction non négligeable des infections ne sont pas détectées, ce qui confirme l’idée que cette méthode seule n’est sans doute pas suffisante pour « tracker » et contenir l’épidémie. Notons qu’un tiers des infections ont été dépistées chez des personnes asymptomatiques. Il apparait aussi que les taux d’anticorps sont plus élevés chez les personnes âgées et chez celles qui ont été hospitalisées. En revanche, les taux sont plus faibles chez les fumeurs et les femmes dont la maladie a été moins sévère. Ces données confirment celles d'autres études.
Mais l’élément le plus marquant révélé par cette étude est que les taux d’anticorps restent stables jusqu’à 4 mois après le diagnostic. Les taux d’anticorps augmentent au cours des 2 premiers mois après le diagnostic par PCR et restent ensuite en plateau au cours des 2 mois suivants.

Les taux d’IgM anti-N augmentent rapidement après le diagnostic et diminuent ensuite pour n’être plus détectables après 2 mois. Les IgA (témoins de l'immunité locale, non réalisés en france) anti-S1 diminuent 1 mois après le diagnostic mais restent détectables. Les IgG anti-N et anti-S1 augmentent pendant les 6 premières semaines, puis diminuent légèrement.

Pour les éditorialistes du New England Journal of Medecine, cette persistance des anticorps, en contradiction avec les constatations de précédents travaux vient de ce que cette étude a observé leur cinétique pendant 4 mois, alors que les autres ne le faisaient que pendant 28 jours. Notons toutefois que l’on n'a pas la certitude que les anticorps persistants possèdent les fonctions neutralisantes ou protectrices indispensables pour bloquer une réinfection, même si celles-ci restent exceptionnelles dans la pratique.

RÉF : Gudbjartsson DF et coll. : Humoral Immune Response to SARS-CoV-2 in Iceland. N Engl J Med., 2020 ; publication avancée en ligne le 1er septembre

Jean-Michel Vialle (Labinterpret), Médecin Biologiste
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