TROD EN PHARMACIE : POUR AJOUTER DU DÉSORDRE AU DÉSORDRE

TROD EN PHARMACIE : POUR AJOUTER DU DÉSORDRE AU DÉSORDRE
Catégorie : Point de vue

Il en va des tests sérologiques Covid 19 comme du reste. Le mieux (ou le plus) est souvent l'ennemi du bien.
Un arrêté publié au Journal Officiel le 11 juillet donne la possibilité aux pharmaciens d’officine de réaliser des tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) de détection des anticorps dirigés contre le SARS-CoV-2. 

Cette décision prise sous la pression des pharmaciens sème le trouble chez les autres professionnels de santé.

Dans un communiqué commun, l’Ordre des médecins, des syndicats de médecins (CSMF, MG France, FMF et SML) et de biologistes médicaux, ainsi que des sociétés savantes (Collège de médecine générale 
et Société de pathologie infectieuse de langue française notamment) s’insurgent contre cette décision gouvernementale.

Ces organisations rappellent notamment que l’information devant accompagner le résultat du TROD est particulièrement délicate et que « sa compréhension insuffisante pourrait être la cause d’une sensation de sécurité infondée pouvant conduire à une baisse "d’autoprotection"  en cas de positivité » ou à une « baisse de protection de l’entourage en cas de négativité qui ne garantit pas l’absence de contagiosité ».

Elles estiment en outre que ces TROD ne permettront pas d’affiner les données épidémiologiques sur la Covid-19 en France et qu’ils risquent même d’en détériorer la qualité, puisque « contrairement aux tests virologiques et sérologiques réalisés dans les laboratoires d’analyse médicale, dont les résultats positifs sont automatiquement transmis au médecin prescripteur et au système d’information national SIDEP, les résultats des TRODs réalisés par les médecins dans le cadre ambulatoire ou les pharmaciens officinaux ne sont pas colligés ni exploités sur le plan épidémiologique ».

Enfin, en tout état de cause, ils jugent que ces TROD ne répondent à aucun besoin, le maillage territorial des laboratoires d’analyses étant satisfaisant.
On reste une fois de plus pantois devant l'incohérence des décisions gouvernementales. Alors que les tests traditionnels étaient quantitativement insuffisants, des exigences qualitatives qui semblaient parfois excessives retardaient leur mise en service (90% de sensibilité pour les IgM!). Et maintenant que ces tests repondant à ces critères de qualité drastiques sont disponibles, les pouvoirs publics font la promotion de tests moins fiables dans un environnement moins médicalisé et sans traçabilité.
Il reste à espérer que la sagesse populaire permettra ux patients de faire le tri entre le bon grain et l'ivraie en dépit de ces annonces contradictoires et désordonnées

Jean-Michel Vialle (Labinterpret), Médecin Biologiste
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