HPV DANS LE CADRE DU DEPISTAGE DU CANCER DU COL : NE PAS CULPABILISER LES PATIENTES

HPV DANS LE CADRE DU DEPISTAGE DU CANCER DU COL : NE PAS CULPABILISER LES PATIENTES
Catégorie : Point de vue

Le dépistage du cancer du col en France (et dans de nombreux pays) est en train de changer, en effet désormais si le frottis cytologique reste utilisé chez les femmes de 25 à 29 ans (car la prévalence de l’HPV est forte de 20 à 30% et souvent passagère ne permettant pas de discriminer suffisamment les patientes à adresser en colposcopie) en revanche chez les patientes de 30 à 65 ans le frottis cytologique doit être désormais remplacé par un test HPV (dont la sensibilité est beaucoup plus élevée de l’ordre de 95%) réalisé tous les 5 ans.

Ce nouveau modèle améliorera le dépistage des précurseurs du cancer du col et dès lors permettra d’éviter la survenue d’un nombre plus important de cancers invasifs.

Un test HPV positif permet de sélectionner une population de patientes à risque plus élevé qui seront « triées » en France par une cytologie reflexe effectuée sur le même prélèvement.

En cas de cytologie anormale les patientes sont adressées en colposcopie afin d’évaluer les lésions potentielles, en cas de cytologie normale les patientes sont réévaluées après 1 an par un nouveau test HPV et seules celles présentant HPV persistant seront évaluées en colposcopie comme le préconise la nouvelle recommandation publiée par l’HAS en 2019 et désormais remboursée depuis le 1er avril 2020.

Si le gain en terme d'efficacité est indiscutable, l'impact psychologique lié au caractère de l'infection HPV n'avait pas été pris suffisamment en considération.Une étude qualitative publiée par nos collègues Britanniques insiste sur l’absence de préparation et de compréhension des femmes à ce changement de procédé. En effet alors que la Cytologie dépistait une lésion « pré-cancéreuse » ce qui semblait acceptable psychologiquement par les patientes, le Test HPV dépiste la présence d’un virus « sexuellement transmissible » qui inquiète, angoisse et renvoie les femmes vers une attitude culpabilisatrice sur leur vie sexuelle passée, ce qui peut les pousser -selon les auteurs- à refuser ou tenter d’échapper au dépistage…

Cette publication intéressante montre bien les difficultés des patientes, mais il faut le dire également de bon nombre de praticiens à appréhender la signification d’un test HPV positif.

Il importera en France aussi d’envisager une large campagne d’information et d’explications à la fois du grand public mais également des praticiens sur la signification d’un test HPV positif qui n’est qu’un marqueur de risque et non un marqueur de la présence d’un cancer ou d’une lésion précancéreuse, ni même celui d’un activité sexuelle « particulière » mais qui de façon ponctuelle ne montre qu’une relation « immédiate » entre immunité et présence du virus dont seule la persistance doit faire évaluer la patiente…

Nos laboratoires ont probablement un rôle à jouer en accompagnant les résultats "positifs" d'un commentaire expliquant que l'infection HPV est très répandue et tendant à déculpabiliser les patientes, tout en les incitant à aller plus loin dans la prise en charge.

Références : Gyneco on line; Psychooncology 2018 Jun;27(6):1559-1564. doi: 10.1002/pon.4694. Epub 2018 Apr 16
HPV Primary Cervical Screening in England: Women's Awareness and Attitudes
Hersha Patel 1, Esther L Moss 2, Susan M Sherman 3

Jean-Michel Vialle (Labinterpret), Médecin Biologiste
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