SEROLOGIES OU PCR : LES 2 MON PRESIDENT

SEROLOGIES OU PCR : LES 2 MON PRESIDENT
Catégorie : Point de vue

A l'heure d'une relative défervescence, la question de la stratégie diagnostique dans l'épidémie Covid 19 se pose. Le président de la république a récemment insisté sur la nécessité d'intensifier les tests, sans préciser de quels tests il s'agissait. Si la PCR reste prioritaire pour le diagnostic des sujets symptomatiques récents, le bon usage de la sérologie pose question. Il convient probablement de différencier les tests rapides à la fiabilité douteuse des tests classiques de type ELISA ou chemiluminescence. Si la perspective d'un déconfinement lié à une couverture immunitaire très importante semble illusoire (les premières données montrent qu'un très faible pourcentage de la population française est naturellement immunisée), la sérologie pourrait actuellement être employée en complément de la PCR pour le diagnostic. Une étude chinoise récente*, comme d'autres plus anciennes, montre que la positivation et l'apparition des anticorps sont fréquemment très précoces. Au total, 208 prélèvements plasmatiques ont été effectués chez 140 patients atteints d’un Covid-19 confirmé (n = 82) ou probable (RT-PCR négative en dépit de signes/symptômes typiques) (n = 58). Le dosage des anticorps a été réalisé au moyen de tests ELISA, l’antigène étant schématiquement la protéine N du SARS-CoV-2, celle qui est contenue dans la nucléocapside virale. 
Le délai médian écoulé entre les symptômes inauguraux et l’apparition des IgM et des IgA a été estimé à 5 jours (écart interquartile 3-6) et à 14 jours (10-18) pour les IgG. Les taux de positivité correspondant à ces trois types d’anticorps ont été de respectivement 85,4 %, 92,7 % et 77,9 %. Dans les cas de Covid-19 confirmé, le taux de positivité a été de 75,6 %, versus 93,1 % dans les cas probables. La sensibilité des IgM s’est avérée supérieure à celle de la RT-PCR en moyenne 5,5 jours après le début des symptômes. La combinaison des deux techniques (IgM et PCR) a conduit à une sensibilité de 98,6 %, versus 51,9 % avec la PCR seule.

Au vu de ces résultats et compte tenu des nombreux faux négatifs de la PCR, la stratégie diagnostique optimale pourrait être, chez les sujets symptomatiques ou contacts d'un cas positif :

  • Moins de 3 jours depuis le début des signes ou le contact : PCR seule
  • Entre 3 jours et 3 semaines : PCR et sérologie IgM et IgG par méthode de référence (Chemiluminescence ou ELISA, une évaluation est en cours pour le référencement des trousses). Le délai de 3 semaines peut sembler long mais des cas de portage viral prolongé ont été décrits.
  • Au-delà de 3 semaines, sérologie seule

Dans tous les cas un deuxième examen sérologique à 10 ou 15 jours d'intervalle est nécessaire pour une interprétation optimale des résultats.

Ces données sont probablement à affiner mais l'utilisation complémentaire des 2 techniques, telle que c'est déjà le cas dans la plupart des infections virales (HIV, hépatite B, hépatite C) semble logique. A l'heure des métaphores guerrières, peux-t-on imaginer un écuyer proposant au chevalier la lance ou le bouclier et non les 2 à la fois? Après avoir raté le train des masques et des tests PCR, les pouvoirs publics seraient bien avisés de ne pas rater celui de la sérologie dans lequel nos voisins allemands (après d'autres) viennent de monter.

*Guo L et coll.: Profiling Early Humoral Response to Diagnose Novel Coronavirus Disease (COVID-19). Clin
Infect Dis. 2020 ; publication avancée en ligne le 21 mars. doi: 10.1093/cid/ciaa310.

Jean-Michel Vialle, Médecin Biologiste
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