LA CRP OU LA PCT : QUEL EST LE MEILLEUR MARQUEUR D'INFECTION BACTERIENNE?

LA CRP OU LA PCT : QUEL EST LE MEILLEUR MARQUEUR D'INFECTION BACTERIENNE?
Catégorie : Actualité scientifique et médicale

Il est très important de disposer d'examens de laboratoire permettant de faire la différence entre d'un côté le sepsis qui associe une infection bactérienne et une inflammation et de l'autre une inflammation sans infection bactérienne (que les anglo-saxons appellent SIRS pour Syndrome de Réponse Inflammatoire Systémique).
En effet cette distinction est essentielle pour la mise en route d'un traitement antibiotique en cas de suspicion de sepsis et son suivi (dose, durée, adaptation du traitement si nécessaire). Les sepsis sont un problème de santé publique majeur dans le monde puisqu'il concerne 30 millions de sujets avec 17% de mortalité.Pendant de très nombreuses années, le principal examen a été la Protéine C Réactive (ou CRP).
Depuis quelques années, elle a été supplantée par la Procalcitonine (ou PCT). cette dernière présente en effet de nombreux avantages : 
- Elle s'élève très précocément après le début de l'infection (3h avec pic vers la 6-7ème heure)
- Sa demi-vie est assez courte (environ 24h) et le taux diminue rapidement en cas d'amélioration, permettant de raccorcir la durée du traitement antibiotique
- L'élévation du taux est corrélée à la gravité de l'infection (en particulier très élevée en cas de choc septique, avec pronstic vital engagé)
- Elle peut être dosée en urgence

La CRP est légèrement moins performante car :
- Elle s'élève un peu plus tard (4-6h) avec un pic entre 24 et 48 h
- Elle est moins spécifique du sepsis et peut être fréquemment augmentée en cas d'inflammation "simple" (SIRS), même si des taux très élevés (> 200 mg/l) sont plus spécifiques
En revanche, le dosage est rapide, encore plus répandu et beaucoup moins onéreux que celui de la PCT. Il reste et de loin le plus prescrit en médecine et biologie de ville.
De nouveaux marqueurs sont en train d'apparaitre avec des avantages et des inconvénients. La prepsine reflète l'activation des macrophages en réponse au sepsis de façon très précoce (2-3h) mais son efficacité est surtout démontrée pour des infections à éntérobactéries. L'endocan est très spécifique du choc septique, son élévation reflétant les défaillances vasculaires survenant dans ce contexte. Les autres marqueurs (Il-6 par exemple) n'apportent rien de plus que la PCT et sont difficilement automatisables.
Le champion reste donc la PCT qui permet de différencier le sepsis du SIRS dans 77% des cas. Son utilité chez le nouveau-né, un temps contestée, a été confirmée par des études récentes. Le seuil de positivité, de gravité et d'arrêt des traitements antibiotiques font globalement l'objet de consensus. La répétition des dosages permet le suivi du traitement. Il existe malgré tout des faux positifs (SIRS, coup de chaleur, polytraumatisés, grands brulés, 2 premiers jours de vie, quelques maladies auto-immunes...) et des faux négatifs (infections très localisées, pyélonéphrites aigues, infections à bactéries intra-cellulaires...). En cas de discordance entre le résultat et la clinique, on peut proposer de répéter le dosage 12 heures après ou de réaliser une CRP, qui est légèrement plus sensible mais beaucoup moins spécifique. Si la PCT n'est pas disposnible, le dosage de la CRP associé aux signes cliniques (T > 38°2) et à l'élévation des polynucléaires neutrophiles reste le recours préférentiel. Dans l'avenir, une approche multi-marqueurs est envisageable à moins qu'un marqueur universel encore plus efficient que la PCT n'apparaisse dans les années à venir.


Ref : Biomarqueurs du sepsis, . C. Chenevier-Gobeaux, I. Dridi-Brahimi, Feuillets de biologie N° 334, Janvier 2017

Jean-Michel Vialle (Labinterpret), Médecin Biologiste
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